Suggestions

Spécialités les plus consultées

Suggestions

Choisissez une région

Espace Pro
/ / Médecin du Monde tire la sonnette d'alarme concernant l'accès aux soins des plus pauvres.

Médecin du Monde tire la sonnette d'alarme concernant l'accès aux soins des plus pauvres.

Rédigé par , le 17 octobre 2014 à 17h43

Vous aimez cet article ?
La pauvreté concerne plus de 3 millions de personnes aujourd'hui en France.

La pauvreté concerne plus de 3 millions de personnes aujourd'hui en France.

À l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère se tenant chaque 17 octobre, l'organisation non-gouvernementale (ONG) Médecins du Monde publiait son rapport sur l'accès aux soins des plus démunis. Au vu des chiffres de l'année 2013, l'ONG tire la sonnette d'alarme. 

La précarité, une réalité qui ne cesse de croître

Selon le rapport de Médecins du Monde (MdM), la pauvreté est une réalité qui touche aujourd'hui en France plus de 3 millions de personnes, soit 14,3 % de la population. La part des personnes se trouvant en situation de précarité n'a cessé d'augmenter depuis 2008. Parallèlement, les inégalités sociales de santé se creusent chaque année un peu plus.

Ces résultats, issus de l'Observatoire de l'accès aux soins dont s'est doté MdM en 2000, témoignent d'une dégradation de l'accès aux soins des personnes précaires en France. En effet, se soigner serait devenu un véritable parcours du combattant pour les plus pauvres, selon ce rapport. Les programmes de l'ONG accueillent chaque jour plus de monde. Ainsi en 2013, Médecins du Monde a accueilli près de 30 000 personnes dans ses 20 centres d'accueil : migrants, sans-abri, prostituées ou toxicomanes. Les profils varient même si la majorité des personnes accueillies sont des jeunes hommes d'une trentaine d'années originaires d'Afrique subsaharienne, du Maghreb ou du reste de l'Union Européenne.

97 % des patients des centres d'accueil de MdM vivraient sous le seuil de pauvreté. De plus, 27 % d'entre eux ne disposeraient d'absolument aucune ressource et seulement 8 % disposeraient d'un logement personnel. Les autres seraient contraints de loger dans des squats, des centres d'urgence ou dans la rue.

Thierry Brigaud, le Président de l'ONG, insiste particulièrement sur la « hausse parmi les patients du nombre de mineurs isolés et de femmes enceintes, laissées à l'abandon pendant leur grossesse ».

Les précaires sont en très mauvaise santé

Pour Jean-François Corty, directeur des missions France à Médecins du Monde, « les inégalités de santé restent fortes » d'autant plus que « les situations de précarité se dégradent ». En effet, quasiment 90 % des patients de MdM n'ont aucune couverture maladie alors que les trois quarts seraient en droit d'en bénéficier. En effet, l'Aide Médicale d'État prend en charge les soins des étrangers sans papier ni ressource. C'est pourquoi parmi ces patients, 20 % ont totalement renoncé à se soigner. Malheureusement, ces mauvaises conditions de vie font que ces personnes sont très souvent malades. Parmi les pathologies les plus fréquentes, on retrouve surtout des maladies respiratoires, digestives, ostéo-articulaires et dermatologiques. Ainsi, plus de la moitié des patients de MdM ont une maladie chronique qui nécessiterait un traitement régulier dans plus des trois quarts des cas.

97 % des patients de Médecins du Monde vivent sous le seuil de pauvreté

L'autre conséquence notable de cette précarité est la faim. En 2014, une étude menée au sein de 7 centres d'acceils de MdM a révélé que 80 % des ménages soignés étaient en « insécurité alimentaire pour raison financière ». Plus grave, « un tiers des patients présentaient une pathologie en lien avec une alimentation défavorable ». Il n'est en effet pas facile d'avoir une alimentation saine et équilibrée avec ces conditions de vie.

Combattre les idées reçues

Pour Médecins du Monde, l'accès aux soins de ces personnes précaires est également compliqué par leur mauvaise connaissance de leur droits et des services à leur disposition. La complexité administrative, les « dysfonctionnements des administrations qui découragent les demandeurs », ainsi que les refus de soins très fréquents participent à la dégradation des conditions de vie de ces personnes. La barrière de la langue ainsi que la crainte d'être interpellé forcent parfois ces personnes en situation irrégulière à rester chez elles, loin de centres qui pourraient les aider.

Cependant, les patients de MdM ne sont pas les seuls à souffrir d'une appréhension faussée de la réalité, selon l'ONG. Une des préoccupations majeures des bénévoles de l'organisation est de combattre les préjugés concernant les pauvres en France. Pour Jean-François Corty, il faut lutter contre la fausse croyance d'une « arrivée massive de migrants pour des raisons médicales » et arrêter d' « opposer les précaires entre eux ».

Selon une enquête BeBetter&Co et Opinionway pour ATD Quart Monde, 97 % des Français ont au moins un préjugé concernant les pauvres. Ils sont, de plus, 70 % à penser qu'il est facile d'obtenir des aides alors qu'une part importante des précaires n'a pas recours aux aides qu'ils seraient en droit d'avoir. Enfin, 65 % des Français pensent que les classes moyennes pâtissent financièrement de la lutte contre la pauvreté, alors que ces classes-mêmes reçoivent une somme similaire en aides à celle qu'ils doivent cotiser. 

Le Plan Pauvreté, mis en place récemment, est salué par MdM qui regrette tout de même que « l'impact concret de ces mesures tarde à se révéler et reste [ainsi] largement insuffisant ». 

Vous aimez cet article ?
L'auteur
Laure Hanggi

Laure Hanggi

Rédactrice

Bio

Etudiante en histoire passionnée d'actualité en général et notamment des questions de santé moderne, en tant qu'enjeux de société. Voir plus

commentaires