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Non, nous n’utilisons pas seulement 10% de notre cerveau

Rédigé par , le 22 juillet 2014 à 12h34

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Nous entendons souvent dire que nous n’utilisons qu’une faible fraction des potentialités de notre cerveau. 10 % seulement seraient utilisés. Les 90 % restants seraient une sorte de réserve inexploitée d’intelligence et de créativité qui abriterait bon nombre de facultés cachées telles que la télépathie…

Cette idée datant intialement de la fin du XIXème siècle et aujourd'hui largement admise par le public, a fait naître de nombreuses œuvres de fiction littéraires ou cinématographiques, fondées sur une lecture plus ou moins approximative des travaux neuroscientifiques. Elle a été exploitée à l’intérieur d’un genre littéraire mélangeant fiction et science, très en vogue dans les années 90 et fortement décriée par la communauté scientifique. Le mythe de l’utilisation incomplète du cerveau a ainsi lancé la mode des « stimulants cérébraux », censés exploiter le potentiel des 90% manquants afin d’améliorer les performances intellectuelles : il a ainsi entretenu le rêve de voir apparaître sur le marché une pilule qui permettrait d’accéder à un surcroît de créativité et d'intelligence…

Au risque de vous décevoir, il semblerait que l’état actuel de nos connaissances sur le cerveau révèle une toute autre réalité. Ce chiffre, totalement arbitraire, ne reflèterait aucunement le fonctionnement réel de notre cerveau.

Le vieux mythe des lésions qui ne révélaient aucun symptôme

Cette idée, attribuée à tort à Albert Einstein, viendrait initialement du psychologue et philosophe américain William James, à la fin du XIXème siècle.

Elle fut confortée par l’observation de patients présentant des lésions dans une région du cortex cérébral, et qui, étonnamment, ne manifestaient aucun signe évident de déficit. Les patients continuaient d’effectuer normalement les tâches complexes comme le calcul arithmétique ou des exercices de mémoire. De ces travaux est donc née l’idée qu’il existait des aires cérébrales silencieuses, inactives ou dormantes, qui ne présentaient aucun rôle essentiel dans une quelconque fonction cognitive connue, et qui pouvaient par conséquent regorger de facultés inexploitées.

Le "mystérieux" hémisphère droit

Les idées reçues sur le potentiel inutilisé du cerveau ont également été justifiées par le rôle supposément sous-estimé de l'hémisphère droit.

Le cerveau possède deux hémisphères cérébraux (droite et gauche) qui s'occupent chacun d'un côté du corps, et dont le contrôle est croisé : chaque hémisphère commande les mouvements des muscles de la moitié opposée du corps. L'hémisphère droit s'occupe du côté gauche du corps et vice versa.

Chez l’Homme, les hémisphères ne sont pas parfaitement symétriques. On observe une spécialisation hémisphérique dans diverses fonctions cognitives. Chez une grande majorité de droitiers, l'hémisphère gauche, que l’on appelle généralement « hémisphère dominant », est spécialisé dans le langage et intervient dans le contrôle des mouvements volontaires. Le rôle de l'hémisphère droit n'a été partiellement élucidé qu'à partir des années 60, soit près d’un siècle après celui de l'hémisphère gauche. L'hémisphère droit serait plus efficace pour effectuer un traitement global de l’information. Il favoriserait ainsi les traitements visuo-spatiaux, la perception des visages ou la reconnaissance des émotions, laissant penser qu'il pourrait abriter des structures jouant un rôle important dans la créativité. D’où l’idée que nous pourrions améliorer notre imagination et développer des potentialités nouvelles en majorant la fonction de notre hémisphère droit…

En fait, même si certains mathématiciens ou musiciens présentent un hémisphère droit plus développé que la moyenne, les deux hémisphères sont complémentaires et collaborent de façon quasi synchrone et égalitaire.

Il n’existe aucune zone cérébrale sans fonction.

Les neuroscientifiques cherchent sans cesse à établir les relations entre les différentes structures et les différentes fonctions cérébrales. Les chercheurs ont ainsi localisé un grand nombre de fonctions cognitives dans des zones ou des circuits cérébraux bien précis. On sait aujourd'hui que les aires du cortex cérébral sont toutes impliquées à un moment ou un autre dans le traitement de l’information. Ainsi même si la fonction de certaines régions reste encore floue, aucune étude n’a à ce jour révélé l’existence d’une zone « silencieuse » dépourvue de fonction. Au contraire, l’imagerie cérébrale, qui permet de suivre l'activité cérébrale d'un homme exécutant une tâche cognitive, démontre une suractivité de nombreuses régions cérébrales pendant la réalisation de l'acte.

Les seules zones qui sont inactives sont des zones lésées gravement.

Contrairement à ce que l’on pensait au XIXème siècle, l’étude des lésions cérébrales démontre le caractère indispensable de chaque parcelle de notre cerveau. Si 90% de notre cerveau était réellement inutilisés, nous aurions des difficultés à expliquer pourquoi dans ce cas, la moindre lésion entraîne immanquablement chez le sujet un handicap cognitif, comportemental ou moteur. Il n'existe en effet presqu'aucune zone cérébrale dont la lésion n'est pas incapacitante.

Une batterie énergétique considérable

Lorsqu’on sait que le cerveau, comme tous les organes des organismes vivants, a été façonné par la sélection naturelle, il est difficile d’admettre l’idée que l’évolution ait sélectionné un organe aussi consommateur d’énergie pour que seul un dixième soit utilisé. En effet, même s’il ne représente que 2 % du poids du corps humain, il mobilise en permanence environ 20 % de l’énergie corporelle.

"La grosse tête"

Le mythe de l’utilisation incomplète du cerveau coexiste avec d’autres idées reçues, et notamment avec celle de la corrélation entre la taille du cerveau et les capacités intellectuelles de l’individu. Les controverses, nombreuses au sein de la communauté scientifique, ont été nourries par certaines études qui mesuraient la capacité crânienne et non la taille du cerveau lui-même, ou qui ne tenaient pas compte du rapport relatif entre la taille et la masse corporelle des individus.

Un système dynamique, en perpétuelle reconfiguration

La plasticité cérébrale désigne une certaine malléabilité qui permet un remodelage et un renforcement permanents des réseaux de neurones, depuis le développement embryonnaire jusqu’à l’âge adulte. Elle permet ainsi une diversité d’organisation cérébrale essentielle aux mécanismes d’apprentissage et de mémorisation.

Une immense toile de neurones

Sachez que dès l’âge de 30 ans, le cerveau se met à perdre des milliers de neurones par jour. Cependant, il est important de souligner que nos capacités intellectuelles dépendent plutôt de la densité et de l’efficacité des connexions entre nos neurones, que de leur nombre ou du poids de notre cerveau. Le cerveau étant malléable, les capacités intellectuelles ne sont donc pas figées.

Ainsi, même si aucune étude ne montre l’existence de zones perpétuellement inactives, il faut admettre que le cerveau n'est jamais mobilisé de façon optimale. Il ne s’agit donc pas de renoncer à la perspective d’un trésor enfoui au sein de notre cerveau. D’autant plus que l’étude de cerveaux désorganisés permettra peut-être un jour de révéler l’existence de zones latentes à l’origine de facultés cachées et qu’il suffirait simplement de réveiller. Les découvertes en neurosciences ouvrent sans cesse les portes de nouveaux territoires à explorer, et les limites de notre cerveau sont encore trop floues pour qu’on se risque à chiffrer ce qu’il nous reste à exploiter…

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L'auteur
Marie Penavayre

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